Quand tailler les mûriers sans compromettre la floraison ni les fruits ?

Le mûrier fructifie sur du bois dont l’âge varie selon l’espèce. Mûrier-ronce (Rubus fruticosus) et mûrier-arbre (Morus) ne forment pas leurs fruits au même moment du cycle végétatif, ce qui impose des calendriers de taille distincts. Confondre les deux revient à supprimer les rameaux qui portent la prochaine récolte.

Mûrier-ronce ou mûrier-arbre : comprendre la fructification avant de tailler

Chez la mûrier-ronce, les fruits apparaissent sur les pousses formées l’année précédente. Une canne qui pousse au printemps-été N ne donnera de mûres qu’en été N+1. Une fois la récolte terminée, cette même canne ne produira plus jamais.

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Chez le mûrier-arbre (Morus alba, Morus nigra), les fruits se forment sur les rameaux de l’année en cours, parfois sur du bois mixte. La contrainte est donc inversée : couper en fin d’hiver les extrémités des jeunes branches ne supprime pas la future récolte, puisque les nouvelles pousses du printemps porteront les fruits.

Avant de sortir le sécateur, identifier l’espèce constitue le seul préalable fiable. Un mûrier-ronce se reconnaît à ses longues tiges souples (cannes), souvent palissées sur un support. Un mûrier-arbre forme un véritable tronc avec une couronne de branches charpentières.

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Outils de taille et branches de mûrier coupées posés sur un établi de jardin en bois, avec des fruits mûrs dispersés

Taille du mûrier-ronce : calendrier lié au cycle des cannes

Après la récolte, en automne

Les cannes qui ont fructifié durant l’été se dessèchent progressivement. Supprimer ces cannes défleuries dès septembre-octobre libère de la lumière pour les jeunes pousses qui fructifieront l’année suivante. La coupe se fait au ras du sol.

Plusieurs réseaux naturalistes recommandent toutefois de ne pas rabattre toutes les vieilles tiges en même temps dans une haie champêtre. Les mûres desséchées restantes servent de ressource alimentaire tardive pour les oiseaux et certains insectes auxiliaires. Reporter les rabattages importants en fin d’hiver, juste avant le redémarrage de la végétation, limite l’impact sur cette faune.

Taille d’été en vert sur les variétés vigoureuses

Sur les cultivars modernes très productifs comme ‘Loch Ness’ ou ‘Triple Crown’, des pépiniéristes spécialisés en petits fruits pratiquent un pincement des longues tiges dès qu’elles atteignent environ 1,50 à 1,80 m. Ce raccourcissement en cours de saison ne touche que les jeunes prolongements non encore florifères. Il provoque la formation de ramifications latérales qui porteront davantage de boutons floraux l’année suivante.

La récolte en cours n’est pas diminuée puisque les tiges pinçées n’avaient pas encore de fleurs. Le gain se mesure l’été d’après, avec une fructification plus dense sur des rameaux courts et faciles à récolter.

Fin d’hiver : nettoyage complémentaire

En février-mars, avant le débourrement, un passage rapide permet de supprimer les cannes abimées par le gel ou cassées par le vent. Ce nettoyage ne remplace pas la taille post-récolte d’automne, il la complète.

  • Cannes ayant fructifié l’été précédent : à supprimer au ras du sol si ce n’est pas déjà fait
  • Cannes nouvelles trop serrées : éclaircir pour garder cinq à huit tiges vigoureuses par pied, palissées sur le support
  • Extrémités gelées ou nécrosées : raccourcir jusqu’au bois sain, juste au-dessus d’un bourgeon orienté vers l’extérieur

Taille du mûrier-arbre (Morus) : période et intensité

Le mûrier-arbre tolère bien mieux la taille hivernale que la ronce. Puisque ses fruits se développent sur les rameaux de l’année en cours, tailler entre décembre et février ne supprime aucun potentiel de floraison. La sève est redescendue, les coupes cicatrisent mieux et la silhouette de l’arbre se lit clairement sans feuillage.

La taille consiste à dégager le centre de la couronne pour favoriser la pénétration de la lumière, raccourcir les branches qui déséquilibrent la silhouette, et retirer le bois mort. Sur les sujets adultes, la taille reste modérée : des coupes trop sévères provoquent une profusion de gourmands vigoureux mais peu fructifères.

Homme âgé sur un escabeau taillant les branches hautes d'un mûrier dans un verger rural au printemps

Morus et étés chauds : décaler la taille si nécessaire

Des retours d’expérience de pépiniéristes signalent qu’avec les étés plus chauds et plus secs, la montée en sève peut survenir plus tôt au printemps. Si les bourgeons gonflent dès fin février dans votre région, mieux vaut avancer la taille à décembre-janvier plutôt que de risquer des coupes en plein flux de sève, qui provoquent des écoulements abondants et affaiblissent l’arbre.

Erreurs fréquentes de taille sur les mûriers

Couper les cannes de l’année sur un mûrier-ronce en hiver reste la méprise la plus courante. Ces tiges lisses, vigoureuses, semblent envahissantes, mais elles portent la totalité de la récolte à venir. Les supprimer revient à perdre une saison entière de fruits.

L’autre piège concerne le mûrier-arbre : pratiquer une taille en têtard drastique chaque année finit par épuiser l’arbre et produit un feuillage dense mais peu de fruits. Une taille douce, ciblée sur l’aération de la couronne, donne de meilleurs résultats sur la fructification qu’un rabattage sévère.

  • Sur la ronce, ne jamais tailler les cannes de l’année avant qu’elles aient fructifié la saison suivante
  • Sur Morus, éviter de couper plus du tiers de la couronne en une seule intervention
  • Désinfecter le sécateur entre chaque pied pour ne pas propager de maladies cryptogamiques, surtout si certaines tiges présentent des nécroses

La taille du mûrier repose sur une règle unique : savoir quel bois porte les fruits. Sur la ronce, le bois de l’an dernier. Sur l’arbre, le bois de l’année. Adapter le calendrier à ce cycle évite toute perte de floraison et de récolte, quel que soit le cultivar planté dans votre jardin.